Michel Mathy

La peinture est par essence acte libre. Par son regard et son style qui le traduit, l’artiste nous livre la singularité de son univers, de sa vision du monde qu’il ne doit à personne.
Le réel recomposé est le sien, unique au monde.
Même s’il est imprégné de la leçon de ses maîtres ou des parcours multiples de ses contemporains, in fine, il deviendra lui-même, seul face au vertige blanc de la toile, seul donc à inventer, dans le doute et le risque, son territoire personnel.
Ceci vaut particulièrement pour l’art abstrait, lieu idéal où règne la liberté de la création, puisqu’il n’y a pas d’obligation de reproduction ou d’interprétation d’un sujet. Mais, comme en toute démarche artistique, l’on peut encore se mesurer à des tendances : en l’occurrence, soit une sorte de dogmatisme de l’abstraction froide ou, tout au contraire, une gestualité débridée, celle qui prévaut dans l’abstraction lyrique. A nouveau, la liberté du créateur est en jeu : où va-t-il se situer face à ces deux grands modes d’expression qui dominent dans le domaine du non-figuratif ?
Ni du côté des formalistes purs ni du côté des fougueux adeptes de l’explosion picturale, Michel Mathy se positionnerait plutôt en chercheur modeste et exigeant. Au fond de ses compositions où il a questionné l’horizon et ses extases de couleurs, les ténèbres et ses tourbillons de mystères, il creuse et trace l’ouverture, il marque calmement les signes de reconnaissance, de clarté et de connivence avec les lumières du quotidien. Ce sont des éclairs d’une géométrie familière, des traits de travail tranquille, des éclats de bleu d’aurore ou de jaune d’été qui nous rassurent et nous procurent la jouissance de la référence. Ici, le désert retrouvé, là l’île ou le feu, le croisement ensoleillé des chemins de découvertes. L’abstraction se fond dans la ferveur, le besoin profond de sentir et d’indiquer un vrai sens, de révéler une faim des nourritures terrestres, recréées, transfigurées.

Et si le recours à l’ abstraction n’était qu’une façon de célébrer mieux encore les sortilèges cachés et inexploités du vivant? Peindre ne serait dès lors que faire apparaître, au terme d’une longue patience de pinceau, les trésors rutilants qui nous entourent. Saluons chez Michel Mathy cet enthousiasme, ce beau labeur d’adoration, cette foi en l’art qui ranime les cendres de l’usure et de la routine. Et réjouissons-nous que sa peinture nous offre la fraîcheur d’une fenêtre ouverte sur la fertilité du jour.

Michel Ducobu

 

 

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